Interviews de l’Observatoire et de ses membres

10/3/26 : Libération : Témoignages «Les habitudes politiques sont calquées sur des normes valides» : trois élus municipaux handicapés témoignent

https://www.liberation.fr/societe/les-habitudes-politiques-sont-calquees-sur-des-normes-valides-trois-elus-municipaux-handicapes-temoignent-20260310_D7W5UGV3DZBARLMLOLH6K47X6E

«Pour faire du porte à porte, une majorité d’immeubles ne sont pas accessibles»

Audrey Hénocque, première adjointe en charge des finances, de la culture et des grands événements à Lyon

«J’ai un handicap assez lourd [elle est devenue tétraplégique après un accident de voiture], je suis très dépendante, mais je ne suis pas une spécialiste de ces questions. J’ai une expertise de la gestion publique, donc m’occuper des finances, c’était beaucoup plus naturel. C’est limitatif d’avoir les personnes handicapées au handicap, les personnes de couleur aux questions d’antiracisme, etc.

«A la mairie, on a pu automatiser des portes qui étaient très lourdes et j’ai un ordinateur un peu adapté. Mais j’ai surtout besoin d’aide pour mes déplacements. On a acheté une voiture adaptée qui me permet de me déplacer dans les endroits pas faciles d’accès à pied, et on a gardé quelques chauffeurs de la mandature précédente.

«Pour faire campagne, il y a des choses qui seront toujours compliquées, du fait qu’on vive dans une société pas adaptée. Pour faire du porte à porte, une majorité d’immeubles ne sont pas accessibles en fauteuil roulant, parce qu’il y a des marches, pas d’ascenseur ou un ascenseur en panne. Les lieux d’exercice du pouvoir restent quant à eux pensés pour l’homme ou la femme valide. Je suis allée plusieurs fois voir l’Olympique lyonnais au stade, les personnes importantes sont au milieu du gradin et moi je suis à part, sur les places handicapés. Ce qui ne me pose pas problème quand je vais voir un spectacle dans ma vie personnelle, mais là je ne suis pas à ma place protocolaire.

«Il peut aussi encore y avoir des réunions organisées dans des endroits pas accessibles. Ce n’est pas fait exprès pour que je ne puisse pas venir, mais c’est une violence validiste de ne pas avoir prévu. Le validisme est un terme global : c’est rare d’avoir quelqu’un qui vous insulte, mais il peut y avoir une discrimination indirecte, comme la difficulté physique à participer aux moments informels, qui a pour conséquence de ne pas être dans le groupe de travail sur tel sujet, parce qu’ils en ont parlé entre deux portes. Les habitudes politiques sont plutôt calquées sur des normes valides. Mais plus il y aura d’élus en situation de handicap, plus ça va aider à faire évoluer les choses. Candidats et candidates potentiels, sortez du bois.»

«Mon autisme a été mal compris par mes collègues»

Odile Maurin, conseillère municipale d’opposition à Toulouse

«Mon double handicap, moteur et cognitif, a augmenté les obstacles. Quand vous êtes une personne en fauteuil roulant qui ne peut pas entrer dans une salle, c’est visible, facile à comprendre. Mais quand vous êtes une personne autiste… La droite a été infecte avec moi, en me refusant la prise en charge des accompagnements liés à mes handicaps. Mais la gauche n’a pas été au niveau. Mon autisme a été mal compris par mes collègues, qui n’ont pas cherché à se former, et ça a créé des tensions. Je pourrais entendre que, du point de vue des personnes neurotypiques [qui ont un fonctionnement neurologique considéré dans la norme, ndlr], ce soit moins facile de travailler avec une personne autiste, parce qu’il y a des rigidités, des façons de comprendre et de penser différentes. Mais c’est le fruit du fait que la société n’ait jamais valorisé ni reconnu la différence comme une richesse.

«Mes collègues trouvaient que je voulais faire trop de choses – j’étais dans cinq commissions. Mais c’est la neuroatypie : pour comprendre les enjeux et les traiter, j’ai besoin d’avoir une vision globale. Ils considéraient aussi que je faisais trop d’interventions en conseil municipal, alors j’ai accepté d’en faire un nombre limité. J’ai du mal à être synthétique, ça a été une des plus grosses difficultés de mon mandat. Le maire impose illégalement deux minutes trente d’intervention, ne permettant pas de développer un propos construit. J’ai contesté à plusieurs reprises le fait qu’on me coupe la parole, le micro. C’est compliqué pour moi quand je suis coupée, ça crée une tension nerveuse importante.

«Il y a deux ans, j’ai fait un burn-out autistique. Entre le manque d’accompagnement et la charge financière et mentale, on arrive très vite à des états d’épuisement parce qu’on force, et parce que la société valorise celui qui dépasse son handicap. Puis j’ai été en arrêt maladie la plupart du temps, avec quelques passages juste pour les derniers conseils. Je ne me représente pas aux élections : refaire un mandat d’opposition ne m’intéressait pas et je ne suis pas en état de mener campagne et d’être dans une majorité.»

Libération : Décryptage «Un chiffre vraiment dérisoire» : les élus municipaux handicapés aux abonnés absents

https://www.liberation.fr/societe/un-chiffre-vraiment-derisoire-les-elus-municipaux-handicapes-aux-abonnes-absents-20260310_HPLOQGL3MZC6XBQV6X5RAPRQVY

11/2/26 : Le NouvelObs : Pourquoi les élus handicapés sont-ils si peu nombreux en France ?

https://www.nouvelobs.com/societe/20260211.OBS112290/pourquoi-les-elus-handicapes-sont-ils-si-peu-nombreux-en-france.html

26/1/26 : La Vie : « 40 000 euros pour exercer mon mandat » : le prix du validisme en politique

https://www.lavie.fr/actualite/societe/40-000-euros-pour-exercer-mon-mandat-le-prix-du-validisme-en-politique-102733.php

« A cela s’ajoutent les freins liés à l’accessibilité, celle du bâti ou des transports, qui compliquent le respect des impératifs d’un agenda politique. Conseillère municipale d’opposition (divers gauche) à Toulouse depuis 2020, Odile Maurin, polyhandicapée, en sait quelque chose : « Si j’avais dû dépendre des transports en commun, je n’aurais pas pu faire campagne, ni exercer mon mandat. Je conduis ma voiture, je suis indépendante dans mes déplacements : tout le monde n’a pas cette chance. »

…. Militante antivalidiste, elle connaît par cœur les obstacles que subissent au quotidien les personnes en situation de handicap. Elle n’était pourtant pas prête à ce que son entrée en politique soit aussi difficile : « La campagne a été horrible », souffle-t-elle, encore frappée par ce souvenir. Atteinte d’une maladie génétique qui lui provoque douleurs et fatigue, l’oblige à se déplacer en fauteuil roulant et à faire appel à des aides humaines pour des actes quotidiens, diagnostiquée autiste sur le tard, elle évoque les boucles d’échanges Telegram avec les équipes de sa liste, dans lesquelles elle peinait à participer à l’écrit, ou ce local de campagne, pour elle inaccessible, puisqu’une marche lui en barrait l’entrée : « J’ai fait comprendre à mes camarades que c’était inacceptable. Ça s’est fini à coups de burin. »

…. Lors de son mandat, elle s’est aussi heurtée au « refus » du maire de financer l’aide compensant son handicap, reconnue nécessaire. « Les gens me voient comme combative, mais ils sous-estiment mes difficultés, confie-t-elle. Parfois je comprends les choses plus vite que les autres, parfois plus lentement. J’ai besoin de quelqu’un pour écrire, synthétiser, me recentrer, me concentrer. » Elle affirme avoir avancé elle-même les 40 000 euros restés à charge depuis 2020, soit 80 % de son indemnité d’élue. Un tribunal a considéré que les textes ne prévoyaient pas de compensation financière pour les handicaps cognitifs – pourtant indispensable pour qu’elle prépare au mieux ses conseils et commissions.

….Odile Maurin, elle, ne se représentera pas en 2026, après avoir exercé dans des conditions qui l’ont éprouvée physiquement et ont mené à un burnout autistique. Elle dénonce le manque de considération de la classe politique pour le handicap, y compris à gauche. « Certains partis se réclament de l’humanisme, mais rechignent à changer leurs habitudes », s’agace-t-elle. Elle évoque l’idée d’un quota, qui divise les acteurs et associations. Elle y a longtemps été opposée, « mais vu la situation, peut-être qu’il faudra en passer par là, comme pour la parité homme femme ».

26/1/26 : La Vie : « 40 000 euros pour exercer mon mandat » : le prix du validisme en politique

https://www.lavie.fr/actualite/societe/40-000-euros-pour-exercer-mon-mandat-le-prix-du-validisme-en-politique-102733.php

16/1/26 : Le Monde : Pour les municipales, les rares candidats et élus en situation de handicap refusent d’être des « potiches »

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/16/pour-les-municipales-les-rares-candidats-et-elus-en-situation-de-handicap-refusent-d-etre-des-potiches_6662542_3224.html

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